Un salarié sur trois envisage de changer d'entreprise dans les deux ans, selon le baromètre IFOP pour Avenir Actifs (2025). Ce chiffre, en hausse de cinq points par rapport à 2024, révèle un défi central pour les directions des ressources humaines : savoir construire des parcours professionnels qui donnent envie de rester.
La gestion des carrières structure cette démarche. Elle articule évaluation des compétences, mobilité interne et plans de développement pour aligner les aspirations individuelles avec les besoins stratégiques de l'entreprise. Intégrée à la politique de GPEC (ou GEPP), elle agit comme un levier direct de fidélisation et de performance collective.
Cet article détaille ce que recouvre la gestion de carrière, ses enjeux clés, les acteurs impliqués, les étapes pour construire une politique efficace et les outils disponibles pour la piloter.
Qu'est-ce que la gestion des carrières ?
La gestion des carrières désigne une stratégie RH qui permet de concevoir et de piloter les parcours professionnels des collaborateurs au sein d'une entreprise. Elle s'intègre à la politique de GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), renommée GEPP depuis les ordonnances Macron de 2017.
Concrètement, la gestion de carrière en entreprise consiste à suivre et évaluer les compétences, les aptitudes et la valeur ajoutée de chaque collaborateur. Elle permet aussi d'identifier les savoir-faire qu'il pourra développer à court ou moyen terme.
Démarche à la fois individuelle et collective, elle s'appuie sur plusieurs leviers opérationnels : formations professionnelles, opportunités de mobilité interne, plans de succession et parcours de carrière formalisés. Ces éléments participent directement à la gestion des talents et au renforcement de la marque employeur de l'entreprise.
Quelle différence entre gestion des carrières et gestion des compétences ?
Les deux notions sont souvent confondues. Pourtant, elles couvrent des périmètres distincts et complémentaires.
La gestion des compétences se concentre sur l'identification, l'évaluation et le développement des savoir-faire existants ou à acquérir. Elle répond à une question précise : de quelles compétences l'entreprise dispose-t-elle aujourd'hui et de quoi aura-t-elle besoin demain ? Son principal livrable est la cartographie des compétences, qui alimente les plans de formation et les décisions de recrutement.
La gestion des carrières adopte une vision plus large et plus longue. Elle s'intéresse aux aspirations des collaborateurs, aux trajectoires d'évolution possibles et à la structuration des parcours au sein de l'organisation. Son objectif : donner à chaque salarié une visibilité sur son avenir professionnel tout en sécurisant les postes clés pour l'entreprise.
En pratique, les deux approches se nourrissent mutuellement. La gestion des compétences fournit les données. La gestion des carrières les transforme en trajectoires concrètes, en croisant compétences acquises, potentiel d'évolution et besoins organisationnels.
Quels sont les enjeux et objectifs de la gestion des carrières ?
La gestion des carrières dépasse la simple organisation des mobilités internes. Elle porte des enjeux stratégiques qui impactent directement la performance, la stabilité et l'attractivité de l'entreprise.
Comment la gestion des carrières fidélise-t-elle les talents ?
C'est probablement l'enjeu numéro un. Lorsqu'un collaborateur voit des perspectives d'évolution concrètes, il est naturellement plus enclin à rester. À l'inverse, l'absence de visibilité sur l'avenir est l'un des premiers facteurs de départ volontaire.
Mettre en place un plan de gestion de carrière permet de guider chaque salarié dans son ascension professionnelle. Les hauts potentiels de l'entreprise sont particulièrement sensibles à cet accompagnement. Les leviers de rétention passent par la reconnaissance des compétences, la proposition de défis adaptés et la co-construction de parcours personnalisés.
Quel impact sur la performance et l'anticipation des besoins ?
Pour rester pérenne, l'entreprise doit pouvoir anticiper ses besoins futurs en compétences. La gestion des carrières professionnelles offre cette capacité de projection en identifiant les profils capables d'occuper les postes clés à moyen terme.
Proposer un plan de carrière structuré permet de se projeter et d'organiser l'organigramme cible. C'est un outil de management de la performance qui aide à maintenir la productivité et la compétitivité, tout en accompagnant la croissance de l'organisation.
Pourquoi la mobilité interne est-elle un levier clé ?
La mobilité interne est l'un des meilleurs leviers pour conserver les collaborateurs les plus performants. Offrir la possibilité d'évoluer verticalement ou horizontalement dans l'entreprise doit faire partie intégrante du processus de gestion des carrières.
Grâce à la people review, les RH identifient les collaborateurs prêts à évoluer et les postes à pourvoir en interne. L'avantage est double : l'entreprise dispose déjà de ces ressources et le collaborateur se sent valorisé. Les évolutions de poste réduisent aussi les coûts de recrutement externe et raccourcissent les délais d'intégration.
Quel rôle dans le recrutement et la marque employeur ?
De nombreux candidats choisissent une entreprise en fonction des perspectives d'évolution qu'elle propose. À conditions salariales égales, un candidat optera pour l'organisation qui offre un véritable plan de développement professionnel.
Une politique de gestion des carrières ambitieuse renforce la marque employeur. Elle envoie un signal clair au marché : l'entreprise investit dans ses collaborateurs. Ce positionnement facilite l'attraction de profils qualifiés et réduit le coût d'acquisition des talents.
Quelles sont les conséquences d'une mauvaise gestion des carrières ?
Négliger la gestion des carrières ne revient pas simplement à "ne rien faire". Cela crée des effets négatifs mesurables sur l'organisation.
Sans perspectives d'évolution claires, les collaborateurs perdent progressivement leur engagement. Ce désengagement se traduit par une baisse de productivité, une hausse de l'absentéisme et une augmentation du turnover. Les coûts associés sont significatifs : remplacer un salarié coûte en moyenne entre 6 et 9 mois de salaire (source : Society for Human Resource Management).
Les conséquences vont plus loin. L'entreprise s'expose à une perte de compétences critiques lorsque des profils expérimentés partent sans que leur savoir-faire ait été transmis. Ce phénomène d'obsolescence des compétences fragilise la capacité d'innovation et la continuité opérationnelle.
Enfin, une mauvaise gestion des carrières nuit à la réputation employeur. Les avis sur les plateformes comme Glassdoor reflètent rapidement l'absence de perspectives internes. Ce cercle vicieux rend ensuite plus difficile et plus coûteux d'attirer de nouveaux talents.
Qui sont les acteurs de la gestion de carrière en entreprise ?
La gestion des carrières ne repose pas uniquement sur le service RH. Elle implique cinq acteurs dont les rôles sont complémentaires.
- La direction générale fixe le cap stratégique dans lequel s'inscrit la démarche. Son rôle est avant tout de porter le message auprès de l'ensemble de l'organisation : la gestion des carrières n'est pas un "plus", c'est un pilier de la stratégie d'entreprise. Elle valide les orientations, les budgets et les grandes priorités en matière de développement du capital humain.
- La direction des ressources humaines coordonne l'ensemble du dispositif. Elle conçoit les outils (référentiels, grilles d'évaluation, trames d'entretien), anime les campagnes de people review et propose les plans d'action. La DRH joue un rôle de catalyseur entre les besoins de l'entreprise et les aspirations individuelles.
- Les managers de proximité occupent une position centrale. Ce sont eux qui connaissent le mieux leurs collaborateurs, détectent les potentiels et identifient les besoins de montée en compétences au quotidien. Sans leur implication active, aucune politique de gestion des carrières ne peut fonctionner concrètement.
- Les représentants du personnel veillent à ce que la mise en oeuvre de la politique de carrière se fasse dans l'intérêt des salariés. Ils participent aux négociations sur les accords GPEC/GEPP et assurent un rôle de contrôle sur l'équité du dispositif.
- Les collaborateurs eux-mêmes sont les premiers acteurs de leur parcours. Ils expriment leurs aspirations lors des entretiens, se forment et s'investissent dans les projets proposés. La tendance actuelle est de les rendre de plus en plus "acteurs de leur carrière" grâce à des outils accessibles en libre-service.
Comment mettre en place une gestion des carrières efficace ?
Construire une politique de gestion de carrière ne s'improvise pas. Voici les trois étapes structurantes pour passer de l'intention à l'action.
Comment construire un référentiel de compétences adapté ?
Tout commence par un état des lieux. Avant de définir des trajectoires, il faut savoir de quelles compétences l'entreprise dispose et quels écarts existent par rapport à ses objectifs stratégiques.
La première étape consiste à construire un référentiel métiers et compétences. Ce document recense les postes de l'organisation, les compétences attendues pour chacun et les niveaux de maîtrise requis. Il se matérialise souvent sous la forme d'une matrice de compétences qui offre une vision claire et exploitable.
L'évaluation des compétences individuelle vient ensuite compléter ce socle. En croisant autoévaluation et évaluation managériale, l'entreprise obtient une photographie réaliste des forces et des axes de développement de chaque collaborateur.
Comment identifier les besoins grâce aux entretiens ?
Les entretiens sont le principal point de contact entre le collaborateur et l'entreprise sur les questions de carrière. Trois types d'entretiens alimentent la démarche.
- L'entretien professionnel, obligatoire tous les deux ans (ou tous les quatre ans avec la réforme de l'entretien de parcours professionnel applicable en octobre 2026), est dédié aux perspectives d'évolution et aux besoins en formation. Il ne porte pas sur l'évaluation de la performance.
- L'entretien annuel d'évaluation, quant à lui, dresse le bilan des résultats et fixe les objectifs. Il fournit des données précieuses sur la performance individuelle qui alimenteront la people review.
- L'entretien d'évolution de carrière est un échange plus prospectif. Il permet au collaborateur d'exprimer ses souhaits de mobilité, de reconversion ou de montée en responsabilité.
Comment développer les compétences et accompagner les parcours ?
Une fois les besoins identifiés, l'entreprise active les leviers de développement adaptés. Le plan de développement des compétences (ex-plan de formation) est l'outil principal pour organiser les actions de formation nécessaires.
La talent review complète ce dispositif en croisant les données issues des entretiens, du feedback et de l'évaluation des compétences. Elle permet de prendre des décisions collégiales sur les promotions, les mobilités et les plans de succession. Portée par un logiciel de revue du personnel, cette revue des talents gagne en fiabilité et en traçabilité.
D'autres actions contribuent au développement des parcours : le mentorat, les missions transverses, la participation à des projets stratégiques ou encore le bilan de compétences. L'enjeu est de proposer des solutions diversifiées, adaptées aux profils et aux ambitions de chaque collaborateur.
Quels outils pour piloter la gestion des carrières ?
La gestion des carrières mobilise plusieurs outils RH. Chacun remplit une fonction spécifique dans le dispositif global.
- Le référentiel métiers et compétences constitue la base. Il structure l'ensemble des postes, des compétences associées et des passerelles possibles entre les métiers. Sans ce socle, toute politique de gestion de carrière reste floue. Le module compétences de Zola permet de construire ce référentiel et de le maintenir à jour grâce à l'intelligence artificielle.
- Les entretiens professionnels et annuels sont les outils de collecte. Ils permettent de recueillir les aspirations, d'évaluer les compétences et de documenter les échanges. Un logiciel de gestion des entretiens centralise ces données et facilite leur exploitation.
- La people review (ou revue du personnel) est l'outil de décision. Elle croise l'ensemble des informations disponibles (performance, potentiel, compétences, feedback) pour identifier les actions prioritaires. La matrice 9 box est fréquemment utilisée dans ce cadre pour positionner les collaborateurs selon deux axes : performance actuelle et potentiel d'évolution.
- Les tableaux de bord RH et indicateurs de performance mesurent l'efficacité du dispositif dans le temps. Taux de mobilité interne, couverture des plans de succession, satisfaction des collaborateurs sur leurs perspectives d'évolution : ces KPI permettent d'ajuster la stratégie en continu.
- Le bilan de compétences, enfin, est un outil individuel qui permet à un collaborateur de faire le point sur ses acquis, ses motivations et ses possibilités d'évolution. Il peut être mobilisé dans le cadre d'un projet de reconversion ou de mobilité interne.
La gestion des carrières n'est pas un processus figé. C'est une démarche vivante qui évolue au rythme de l'entreprise et de ses collaborateurs. Les organisations qui réussissent à aligner aspirations individuelles et objectifs stratégiques créent un cercle vertueux : les talents restent, se développent et contribuent durablement à la performance collective. Pour y parvenir, la clé est de structurer le dispositif avec les bons outils, d'impliquer l'ensemble des acteurs et de maintenir un dialogue régulier sur les perspectives d'évolution.
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