Pour évaluer les performances d'un salarié, définissez des critères mesurables alignés sur son poste, choisissez une méthode adaptée (MBO, feedback 360°, BARS), puis conduisez un entretien structuré qui aboutit à un plan d'action signé par les deux parties.
Le processus se déroule en 4 étapes : définir les critères d'évaluation, choisir la méthode, conduire l'entretien, puis mesurer et suivre les résultats.
Quels critères utiliser pour évaluer un salarié ?
Les critères d'évaluation se basent sur les réalités du poste et les objectifs stratégiques de l'entreprise. Un commercial sera évalué sur son chiffre d'affaires. Un développeur sur la qualité de son code. Un manager sur l'engagement de son équipe.
Regroupez vos critères en catégories pour couvrir toutes les dimensions de la performance :
- Présence et assiduité : taux d'absentéisme, ponctualité, respect des horaires
- Productivité : volume de travail réalisé, respect des délais, gestion des priorités
- Qualité du travail : taux d'erreur, satisfaction client, conformité aux normes
- Contribution collective : collaboration, participation aux projets transverses
- Créativité : suggestions implémentées, résolution proactive de problèmes
- Adaptabilité : apprentissage de nouveaux outils, flexibilité face aux changements

Comment définir des objectifs SMART ?
Les objectifs efficaces répondent aux 5 critères SMART. Cette méthode garantit leur clarté et leur mesurabilité.
Un objectif Spécifique se rattache directement aux missions du poste. Mesurable, il s'exprime en chiffres pour éviter toute ambiguïté. Atteignable, il tient compte du potentiel réel du collaborateur. Réaliste, il s'aligne sur la stratégie d'entreprise. Temporellement défini, il comporte des jalons de suivi.
Exemple pour un commercial : "Augmenter le CA de 15% sur le segment PME d'ici le 31 décembre en acquérant 20 nouveaux clients". Spécifique (segment PME), mesurable (15%, 20 clients), borné dans le temps (31 décembre).

Quelles compétences évaluer ?
L'évaluation porte sur trois dimensions complémentaires : le savoir, le savoir-faire et le savoir-être.
Les connaissances concernent la théorie. Le niveau de l'employé correspond-il aux missions exigées par son métier ? Maîtrise-t-il les fondamentaux de son domaine ?
Les compétences techniques désignent la pratique. La personne peut-elle exécuter ses tâches avec la qualité attendue ? Un développeur qui connaît la théorie mais ne sait pas l'appliquer manque de compétences techniques.
Les attitudes reflètent le comportement. L'individu adopte-t-il la posture appropriée ? Un excellent technicien qui refuse de collaborer pose un problème d'attitude.
Une matrice de compétences vous aide à visualiser ces trois dimensions pour chaque poste.
Quelles méthodes d'évaluation choisir ?

Comment fonctionne la gestion par objectifs (MBO) ?
La méthode MBO évalue le collaborateur sur l'atteinte d'objectifs définis conjointement avec son manager. En début de période, les deux parties fixent ensemble 3 à 5 objectifs prioritaires alignés sur la stratégie. L'évaluation mesure ensuite l'écart entre résultats obtenus et objectifs fixés.
Cette approche clarifie les attentes dès le départ. Le collaborateur sait exactement ce qu'on attend de lui et peut piloter sa performance en autonomie. Il devient acteur de son évaluation plutôt que simple spectateur.
Points forts : clarté des attentes, responsabilisation, alignement stratégique.
Limite : peut négliger les compétences non liées aux objectifs (relationnel, attitude). Convient surtout aux postes orientés résultats : commerciaux, managers, cadres.
Qu'apporte le feedback 360 degrés ?
Le feedback 360 collecte les avis de tous les acteurs clés : manager, pairs, subordonnés, clients internes. Le collaborateur complète aussi une auto-évaluation. Cette diversité des regards réduit les biais et révèle les angles morts.
Un manager peut avoir une vision partielle du travail de son collaborateur. Il ne voit pas forcément comment celui-ci interagit avec les autres équipes ou gère les situations de tension. Le feedback 360 comble ces lacunes.
La méthode révèle également les forces cachées. Un collaborateur peut sous-estimer sa capacité à résoudre les problèmes complexes que tout le monde reconnaît autour de lui.
Pour réussir : sélectionnez des évaluateurs ayant une observation directe et régulière du travail. Évitez de choisir par affinité. Garantissez l'anonymat pour obtenir des retours sincères.
En quoi consiste l'échelle BARS ?
L'échelle BARS associe chaque niveau de performance à des comportements observables. Au lieu de juger "bon" ou "mauvais", cette méthode décrit précisément ce qu'une personne fait à chaque échelon.
Exemple pour le "sens de l'écoute" sur une échelle de 1 à 5 :
- Niveau 1 : l'employé interrompt fréquemment son interlocuteur
- Niveau 3 : il écoute et comprend sans interrompre
- Niveau 5 : il utilise la reformulation pour saisir le dit et le non-dit
Cette précision rend l'évaluation moins subjective. Deux managers évaluant le même collaborateur arrivent à des conclusions similaires. Le collaborateur comprend aussi ce qu'il doit faire pour progresser d'un niveau à l'autre.
Limite : demande un travail préparatoire important pour définir les comportements de référence.
Pourquoi privilégier l'évaluation continue ?
Contrairement au bilan annuel unique, l'évaluation continue instaure des points réguliers tout au long de l'année. Le collaborateur reçoit un feedback immédiat et peut ajuster ses actions sans attendre douze mois.
Le principe repose sur des échanges fréquents entre manager et collaborateur. Ces "check-ins" hebdomadaires ou mensuels permettent de suivre les progrès et d'identifier les obstacles en temps réel. Le feedback devient naturel plutôt que concentré sur un moment stressant.
Les bénéfices sont concrets : amélioration constante, engagement renforcé, stress réduit. Cette approche répond aux attentes des nouvelles générations et renforce la relation manager-collaborateur.
Comment conduire l'entretien d'évaluation ?
Quelle préparation effectuer en amont ?
Une préparation minutieuse conditionne la réussite de l'entretien. Le manager qui arrive les mains vides envoie un signal négatif : le travail du collaborateur n'a pas été suffisamment suivi pour mériter une analyse.
Consultez l'historique complet du collaborateur :
- Objectifs fixés lors du précédent entretien et taux d'atteinte
- Compétences développées et formations suivies
- Feedbacks reçus tout au long de l'année
- Souhaits d'évolution précédemment exprimés
Rassemblez des exemples concrets pour chaque observation. Un feedback général "vous communiquez mal" n'aide personne. Un exemple précis "lors de la réunion du 15 mars, votre présentation manquait de structure" permet de comprendre et progresser.
Côté logistique : réservez une salle privée, prévoyez 45 minutes à 1 heure, informez le collaborateur une semaine avant. Envoyez-lui une trame d'entretien annuel pour qu'il prépare son auto-évaluation.
Comment structurer l'entretien en 7 phases ?
L'entretien suit sept phases distinctes qui garantissent un échange complet.
Phase 1 – Ouverture. Créez un climat serein. Quelques minutes d'échange informel détendent l'atmosphère avant d'entrer dans le vif du sujet.
Phase 2 – Auto-évaluation. Laissez le collaborateur présenter sa vision : ses réussites, ses projets importants, ses difficultés. Un bon entretien = 70% d'écoute, 30% de pilotage.
Phase 3 – Bilan. Reprenez les objectifs fixés un par un. Identifiez lesquels ont été atteints ou non. Appuyez-vous sur des données chiffrées.
Phase 4 – Analyse. Abordez les points forts puis les axes d'amélioration avec des exemples factuels. Évitez les jugements généraux.
Phase 5 – Formation. Identifiez les besoins de développement : formations, coaching, mentoring. Explorez les solutions possibles ensemble.
Phase 6 – Objectifs. Définissez 3 à 5 objectifs SMART pour l'année à venir, alignés sur la stratégie d'entreprise.
Phase 7 – Clôture. Invitez le collaborateur à donner son feedback sur l'échange. Résumez les engagements mutuels.
Que doit contenir le compte-rendu ?
Le compte-rendu formalise les échanges et sert de référence jusqu'au prochain entretien. Il doit être signé par les deux parties.
Un compte-rendu d'entretien annuel complet reprend :
- Objectifs fixés et niveau d'atteinte
- Faits marquants et résultats concrets
- Points forts et axes d'amélioration
- Besoins de formation identifiés
- Nouveaux objectifs pour la période suivante
- Espace pour les commentaires du collaborateur
Ce document servira de base au prochain entretien. Conservez-le et consultez-le régulièrement pour suivre les progrès.
Quels KPIs suivre pour mesurer la performance ?
Des indicateurs quantifiables permettent d'objectiver l'évaluation. Choisissez 3 à 5 KPIs qui reflètent vraiment la performance attendue sur le poste.
Les indicateurs les plus courants :
- Qualité : taux d'erreur, satisfaction client, respect des protocoles
- Quantité : tâches complétées, unités produites, dossiers traités
- Efficacité : temps moyen par tâche, respect des délais
- Productivité : production rapportée aux heures travaillées
- Objectifs : ratio atteints / non atteints
- Engagement : score mesuré via enquêtes internes
- Impact financier : CA par employé, marge générée
Pour les managers, ajoutez des indicateurs RH spécifiques : turnover de l'équipe, progression des compétences, satisfaction des collaborateurs.
L'important n'est pas de multiplier les indicateurs mais de choisir ceux qui comptent vraiment. Assurez-vous que les données sont fiables et accessibles.
Quelles erreurs éviter lors de l'évaluation ?
Plusieurs biais cognitifs guettent les évaluateurs, même expérimentés. Les connaître permet de s'en prémunir.
L'effet de halo
L'évaluateur généralise un élément particulier à toute l'évaluation. Un collaborateur excellent en présentation orale reçoit des notes élevées partout, même là où il performe moyennement.
Solution : évaluez chaque critère indépendamment. Cherchez des preuves concrètes pour chaque dimension. Prenez des notes tout au long de l'année.
L'effet de récence
Le manager se concentre sur les derniers mois et oublie le reste de l'année. Un collaborateur ayant excellé 9 mois puis rencontré des difficultés en décembre reçoit une évaluation injustement sévère.
Solution : documentez les faits marquants au fil de l'eau. Un tableau de bord RH centralise ces données.
La tendance centrale
Le manager attribue systématiquement des notes moyennes à tous. Par manque de temps, méconnaissance du travail réel, ou volonté d'éviter les conflits.
Solution : utilisez une grille d'évaluation avec des descriptions comportementales précises pour chaque niveau.
L'erreur de générosité
Le manager donne la note maximale à tous pour paraître sympathique. Cette indulgence empêche d'identifier les vrais axes de progression et crée un sentiment d'injustice chez les vrais performants.
Solution : soyez objectif et honnête. Les évaluations franches l'emportent sur les évaluations lénifiantes.
L'effet miroir
Le manager évalue plus favorablement ceux qui lui ressemblent (valeurs, personnalité, parcours similaires).
Solution : déléguez une partie de l'évaluation à un collègue ou utilisez le feedback 360°.
Le jargon et le flou
Le manager utilise un langage complexe qui brouille le message. Le collaborateur ressort sans comprendre ce qu'on attend de lui.
Solution : parlez simplement. Au lieu de "Possibilités d'aligner de manière proactive les contributions sur les efforts de collaboration", dites "Consultez les autres équipes plus tôt dans vos projets".
L'équilibre forcé
Le manager pense que chaque point négatif nécessite un positif pour "atténuer le choc". Résultat : message confus, le collaborateur ne sait pas où il en est.
Solution : soyez franc sur les points forts ET les points à améliorer. Clarté avant diplomatie.
Quelles bonnes pratiques adopter ?
Pour les managers
La préparation fait toute la différence. Un manager qui consacre une heure à préparer chaque entretien obtient des résultats incomparables avec celui qui improvise.
Pendant l'entretien, pratiquez l'écoute active. Laissez le collaborateur s'exprimer, reformulez pour vérifier votre compréhension, posez des questions ouvertes. Évitez le jargon, soyez direct.
Terminez toujours par des actions concrètes avec objectifs et délais. Un entretien sans plan d'action est un entretien inutile.
Pour les collaborateurs
Arrivez préparé avec une auto-évaluation honnête. Compilez vos réalisations, objectifs atteints et compétences développées. Identifiez aussi vos difficultés et les solutions que vous avez apportées.
Adoptez une posture proactive. Suggérez des solutions plutôt que d'attendre les propositions du manager. Exprimez clairement vos aspirations professionnelles.
Pour la fonction RH
Centralisez les données pour obtenir une vision d'ensemble. Les entretiens individuels révèlent des tendances invisibles au niveau d'un seul manager.
Relevez les besoins de formation récurrents, les difficultés communes à plusieurs équipes, les écarts de performance entre services. Identifiez les potentiels prêts à évoluer via la mobilité interne.
Intégrez ces résultats dans vos people reviews pour construire une gestion des talents cohérente.
Temps de recherche et rédaction : 3h45 heures
Sources :
- ANACT – Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail
- Service-Public.fr – Entretien professionnel
- Code du travail – Articles L6315-1 et suivants





