Non : aucune disposition du code du travail n'oblige un employeur à accorder une augmentation générale de salaire, ni chaque année ni à intervalle régulier. Une entreprise peut geler ses salaires pendant plusieurs exercices sans enfreindre la loi. Le principe reste celui de la liberté de l'employeur en matière de rémunération, tant que les planchers légaux et conventionnels sont respectés.
Cette liberté connaît toutefois cinq exceptions où la hausse devient obligatoire : la revalorisation du SMIC (+2,41 % au 1er juin 2026, soit 1 867,02 € brut mensuel pour 35 heures), le respect des minima conventionnels, un accord collectif signé, le retour de congé maternité et l'égalité de traitement. Au-delà du cadre légal, l'enjeu pour les RH n'est pas tant l'obligation que l'arbitrage : décider qui augmenter, de combien, et tenir l'enveloppe de masse salariale.
- Pas d'obligation générale : la loi n'impose jamais une augmentation collective annuelle des salaires.
- 5 cas obligatoires : revalorisation du SMIC, minima de branche, accord collectif signé, retour de congé maternité, égalité de traitement.
- NAO n'égale pas augmentation : au-delà de 50 salariés avec délégué syndical, l'employeur doit négocier la rémunération, pas l'augmenter.
- SMIC au 1er juin 2026 : +2,41 %, soit 12,31 € brut de l'heure, répercussion automatique pour les salariés payés au minimum.
- Transparence salariale 2026 : la directive 2023/970 (échéance du 7 juin 2026) imposera de corriger les écarts femmes-hommes supérieurs à 5 % non justifiés, ce qui peut rendre des hausses obligatoires.
Augmentation générale, individuelle, collective : quelles différences ?
Avant de parler d'obligation, il faut distinguer trois formes de hausse que l'on confond souvent. L'augmentation générale (AG) s'applique de façon uniforme à tout l'effectif ou à une catégorie entière, par exemple tous les non-cadres. Elle prend la forme d'un taux ou d'un montant identique pour chacun et résulte le plus souvent d'un accord de négociation annuelle obligatoire.
L'augmentation individuelle (AI) récompense un salarié précis selon sa contribution, ses compétences ou ses résultats : c'est le levier qui distingue un fort d'un faible contributeur, là où l'augmentation générale traite tout le monde de la même façon. On parle d'augmentation collective quand la décision profite à un groupe défini, ce qui recouvre en pratique l'augmentation générale. Aucune de ces formes n'est obligatoire en elle-même, sauf si un texte la rend contraignante.
| Forme de hausse | Qui en bénéficie | Sur quel critère | Obligatoire ? |
|---|---|---|---|
| Augmentation générale | Tout l'effectif ou une catégorie | Taux ou montant uniforme | Seulement si un accord la prévoit |
| Augmentation individuelle | Un salarié donné | Performance, compétences, marché | Non |
L'augmentation de salaire est-elle obligatoire ? Le principe
Le droit du travail ne prévoit aucune augmentation automatique des salaires. Une fois le contrat de travail signé, l'employeur n'est pas tenu de revoir la rémunération à la hausse, que ce soit au titre de l'ancienneté, de l'inflation ou du mérite. Le salaire de base fixé au contrat est un plancher contractuel : il ne peut pas baisser sans l'accord du salarié, mais rien n'impose qu'il progresse.
Ce principe de liberté a une limite logique : la rémunération ne peut jamais descendre sous les minima légaux et conventionnels. Tant que le salaire respecte le SMIC et la grille de salaire de la convention collective, l'employeur fixe seul sa politique salariale. C'est précisément pourquoi les hausses obligatoires se concentrent sur quelques situations bien délimitées.
🔵 Vos révisions salariales, sans Excel
Ouverture de campagne, propositions des managers, validation RH : Zola centralise tout le processus de révision salariale, budget compris.
→ Découvrir le logiciel de rémunérationLes cinq cas où l'augmentation devient obligatoire
En dehors des situations ci-dessous, aucune hausse ne s'impose à l'employeur. Voici les seules circonstances où il doit augmenter, quelles que soient ses contraintes budgétaires.
La revalorisation du SMIC
Quand le SMIC augmente, tout salarié payé au salaire minimum doit être ramené au nouveau plancher. La revalorisation du SMIC peut intervenir au 1er janvier ou en cours d'année : le mécanisme de l'article L3231-5 déclenche une hausse automatique dès que l'inflation dépasse 2 % depuis la dernière revalorisation. C'est ce qui s'est produit au 1er juin 2026, avec une hausse de 2,41 % portant le SMIC horaire en 2026 à 12,31 € brut et le mensuel à 1 867,02 € brut (35 heures), soit environ 1 477,93 € net. Plus de trois millions de salariés étaient concernés. Aucun avenant n'est nécessaire : une mention sur la fiche de paie suffit.
Le respect des minima conventionnels
Chaque convention collective fixe une grille de salaire avec des minima de branche par coefficient. Quand la branche revalorise sa grille, ou qu'un salarié passe sous le minimum conventionnel applicable (souvent à la suite d'une hausse du SMIC), l'employeur doit relever le salaire brut pour rester au-dessus du plancher conventionnel. L'obligation est fréquente dans les secteurs à bas salaires, où la grille colle au SMIC.
Un accord collectif ou d'entreprise
Si une augmentation générale est actée par un accord d'entreprise ou de branche, elle devient obligatoire pour tous les salariés visés. C'est le cas le plus courant à l'issue d'une NAO qui aboutit : le taux négocié, exprimé en pourcentage (par exemple +2 % pour les non-cadres), s'applique de droit. Un engagement unilatéral de l'employeur ou un usage d'entreprise installé dans la durée peut produire le même effet contraignant.
Le retour de congé maternité
L'article L1225-26 du code du travail impose un rattrapage salarial au retour de congé maternité. La salariée récupère les augmentations générales décidées pendant son absence, ainsi que la moyenne des augmentations individuelles versées aux salariés de sa catégorie professionnelle. Ce rattrapage est dû à l'issue du congé, intégré au salaire de base et visible sur la paie du mois de retour. La même logique protège le congé d'adoption.
L'égalité de traitement
Le principe « à travail égal, salaire égal » et l'interdiction des discriminations encadrent aussi les hausses. Un employeur ne peut pas écarter durablement un salarié des augmentations pour un motif prohibé, comme le sexe, l'âge ou l'activité syndicale. En matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, un écart de rémunération injustifié à poste équivalent ouvre droit à régularisation. La Cour de cassation sanctionne régulièrement ces écarts non objectivés.
| Cas | Fondement | Obligation concrète |
|---|---|---|
| Revalorisation du SMIC | Article L3231-5 | Remettre au niveau du nouveau SMIC les salariés au minimum |
| Minima conventionnels | Convention collective | Respecter la grille de branche par coefficient |
| Accord collectif signé | Accord NAO ou de branche | Appliquer le taux d'augmentation négocié |
| Retour de congé maternité | Article L1225-26 | Verser les hausses générales et la moyenne des individuelles de la catégorie |
| Égalité de traitement | Principe d'égalité, non-discrimination | Corriger les écarts de salaire injustifiés à poste égal |
Hors ces cinq cas, l'employeur reste libre de sa politique d'augmentation.
La NAO oblige-t-elle à augmenter les salaires ?
C'est la confusion la plus répandue. La négociation annuelle obligatoire (NAO) ne crée aucune obligation d'augmenter : elle impose seulement de négocier. Dans les entreprises d'au moins 50 salariés dotées d'un délégué syndical, l'employeur doit engager chaque année une négociation sur la rémunération, le temps de travail et le partage de la valeur, ainsi que sur l'égalité professionnelle et la qualité de vie au travail.
L'obligation porte sur la méthode, pas sur le résultat. Si les discussions n'aboutissent pas, un procès-verbal de désaccord suffit à remplir l'obligation, et les salaires peuvent rester inchangés. En revanche, ne pas ouvrir la négociation coûte cher : l'entreprise perd 10 % de ses allègements de cotisations (réduction générale), un taux porté à 100 % après trois années consécutives de manquement. Le refus de négocier expose en plus au délit d'entrave (article L2243-2), puni d'un an d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende.
🚀 Envie d'objectiver vos augmentations ? Visualisez vos écarts de rémunération et simulez votre enveloppe avant la prochaine campagne.
Demander une démoTransparence salariale 2026 : vers des corrections de rémunération obligatoires
La grande nouveauté vient de la directive européenne 2023/970 sur la transparence des salaires, dont l'échéance de transposition est fixée au 7 juin 2026. En France, le projet de loi a été transmis aux partenaires sociaux début 2026 et son application est attendue d'ici 2027. Le texte impose d'afficher une fourchette de rémunération dans les offres d'emploi, interdit de demander l'historique de salaire d'un candidat et ouvre aux salariés un droit d'information sur les niveaux moyens de rémunération par sexe.
Son impact sur les augmentations est direct : tout écart de rémunération supérieur à 5 % entre les femmes et les hommes, à travail de valeur égale et non justifié par des critères objectifs, devra déclencher une évaluation conjointe avec les représentants du personnel, intégrée à la NAO, puis des mesures correctives. L'entreprise pourra alors être tenue de relever certains salaires pour résorber l'écart. La directive prévoit aussi un renversement de la charge de la preuve, à l'employeur de justifier l'écart, et des sanctions proportionnelles à la masse salariale. La transparence salariale s'annonce comme un sixième levier, encore en construction, de hausses rendues obligatoires.
Inflation et indexation : peut-on lier les salaires aux prix ?
Quand les prix grimpent, la tentation est d'indexer les salaires sur l'inflation pour maintenir le pouvoir d'achat. Le code du travail l'interdit. L'article L3231-3 prohibe toute clause d'indexation automatique de la rémunération sur le SMIC, sur l'indice des prix ou sur le niveau général des salaires. Une clause prévoyant un « SMIC + 7 % » ou un alignement annuel sur l'indice INSEE est nulle, même partielle, car la règle est d'ordre public.
Conséquence directe : l'inflation ne déclenche aucune augmentation obligatoire côté entreprise. Le seul mécanisme automatique reste la revalorisation du SMIC, indexée légalement sur la hausse des prix des ménages les plus modestes. Pour le reste, c'est à l'employeur d'arbitrer s'il compense ou non l'inflation, dans le cadre de sa politique salariale.
Comment décider et budgétiser ses augmentations ?
Une fois le cadre légal posé, la vraie question pour les RH est l'arbitrage. Accorder une augmentation engage durablement la masse salariale : chaque point distribué se reporte sur les charges, sur les primes assises sur le salaire et sur les exercices suivants. D'où l'intérêt de raisonner en enveloppe globale avant de répartir au niveau du personnel.
Quelques critères structurent la décision : la performance et l'atteinte des objectifs, le positionnement par rapport au marché, l'ancienneté quand la convention la valorise, et l'équité interne pour éviter les écarts injustifiés. Côté salarié, la demande se formalise souvent lors de l'entretien annuel ou d'un entretien de performance, où le manager confronte la contribution du collaborateur aux attentes du poste.
Plusieurs occasions se prêtent à une demande d'augmentation : une promotion, un changement de poste, une prise de responsabilités ou un élargissement du périmètre. L'employeur n'est jamais tenu d'y répondre favorablement, mais il a tout intérêt à motiver sa réponse. Un refus appuyé sur des éléments objectifs, comme l'évolution réelle des missions ou la cohérence avec la grille interne, sécurise la décision et nourrit un dialogue salarial sain. À l'inverse, accorder une hausse de salaire sans critère lisible fragilise l'équité de l'ensemble.
L'augmentation n'est d'ailleurs pas le seul levier de rémunération. La prime de partage de la valeur, l'accord de participation ou l'intéressement redistribuent du pouvoir d'achat sans alourdir définitivement la base salariale. Ce sont des compléments utiles quand l'enveloppe d'augmentation est contrainte.
Questions fréquentes
Un employeur peut-il refuser toute augmentation de salaire ?
Oui. Hors des cinq cas obligatoires (SMIC, minima conventionnels, accord signé, retour de congé maternité, égalité de traitement), aucun texte n'oblige à augmenter. Un salarié peut conserver la même rémunération pendant des années, tant qu'elle respecte les planchers légaux et conventionnels.
L'ancienneté donne-t-elle droit à une augmentation automatique ?
Pas au titre de la loi. Seule une convention collective, un accord ou le contrat peut prévoir une prime d'ancienneté ou une progression liée à l'expérience. En l'absence d'une telle clause, l'ancienneté ne crée aucun droit à augmentation.
L'employeur doit-il augmenter les salaires à cause de l'inflation ?
Non. L'inflation n'impose aucune hausse, et indexer les salaires sur les prix est même interdit. Le seul effet automatique passe par la revalorisation du SMIC, qui ne concerne que les salariés payés au minimum.
Peut-on baisser un salaire déjà accordé ?
Non, pas de façon unilatérale. Le salaire est un élément du contrat de travail : le diminuer suppose l'accord exprès du salarié. Une augmentation acquise est définitive, sauf dispositif explicitement réversible comme une part variable.
Sources
- Code du travail, articles L3231-3, L3231-5, L1225-26, L2242-1 et L2243-2 (Légifrance)
- Ministère du Travail, « Revalorisation du SMIC au 1er juin 2026 » (travail-emploi.gouv.fr)
- Service-public.fr, « Le SMIC va augmenter le 1er juin 2026 »
- Code du travail numérique, fiches « Les négociations obligatoires dans l'entreprise » et « Indexation des salaires »
- Directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 sur la transparence des rémunérations (EUR-Lex) ; service-public.fr, « Transparence des salaires : ce qui va changer »








%201.png)