En mars 2025, la Cour d'appel de Paris a condamné un employeur pour n'avoir proposé qu'une seule formation obligatoire à une salariée en sept ans. Le signal est clair : former ses salariés n'est pas une option mais une obligation légale, structurée autour de l'adaptation au poste, du maintien de l'employabilité et du financement de la formation professionnelle. Cadre juridique 2026, formations obligatoires, sanctions encourues et outils de conformité : voici tout ce qu'il faut savoir.
Obligation de formation de l'employeur : ce que dit la loi en 2026
En mars 2025, la Cour d'appel de Paris a condamné un employeur pour n'avoir proposé qu'une seule formation obligatoire à une salariée en sept ans. Le signal est clair : former ses salariés n'est pas une option mais une obligation légale, structurée autour de l'adaptation au poste, du maintien de l'employabilité et du financement de la formation professionnelle. Cadre juridique 2026, formations obligatoires, sanctions encourues et outils de conformité : voici tout ce qu'il faut savoir.
Quelles sont les obligations de formation imposées par le Code du travail ?
L'article L6321-1 du Code du travail, modifié par la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, pose deux obligations fondamentales à la charge de tout employeur, quelle que soit la taille de l'entreprise.
La première est l'adaptation au poste de travail. L'employeur doit s'assurer que chaque salarié dispose des compétences nécessaires pour exercer ses fonctions. Cette obligation s'impose dès l'embauche et à chaque évolution du poste : nouveau logiciel, nouvelle machine ou réorganisation interne. Il ne suffit pas d'attendre la demande du salarié. La Cour de cassation a rappelé dès 1992 (arrêt Expovit) que cette initiative revient à l'employeur.
La seconde concerne le maintien de la capacité à occuper un emploi. L'employeur doit anticiper l'évolution des métiers, des technologies et des organisations pour éviter que ses salariés ne deviennent inadaptés au marché du travail. Pour structurer ces actions, l'employeur peut élaborer un plan de développement des compétences qui regroupe l'ensemble des formations prévues, obligatoires comme facultatives.
Un troisième volet, facultatif mais stratégique, permet à l'employeur de proposer des formations de développement des compétences. Ces actions participent à la montée en qualification des salariés et à la lutte contre l'illettrisme, y compris numérique. Face au risque croissant d'obsolescence des compétences, ce levier devient un outil de fidélisation et de performance.
Quelles formations l'employeur doit-il obligatoirement proposer ?
Quels sont les obligations en matière de sécurité et de prévention des risques ?
L'article L4121-1 du Code du travail impose une obligation de résultat en matière de sécurité. L'employeur doit garantir la santé physique et mentale de ses salariés, notamment par la formation sécurité en entreprise. Cette formation couvre les conditions de circulation, les gestes d'urgence et les risques spécifiques liés à l'activité.
Parmi les formations réglementaires les plus courantes :
- Formation incendie avec exercices obligatoires tous les 6 mois
- Formation gestes et postures pour les postes exposés aux troubles musculosquelettiques
- Formation amiante SS3 et SS4 selon le secteur
- Formation aux risques chimiques pour les salariés exposés
- Formation SST (sauveteur secouriste du travail)
Ces formations concernent tous les salariés en CDI, CDD ou intérim ainsi que les stagiaires placés sous l'autorité de l'employeur.
Quelles autres formations sont imposées par la réglementation ?
Au-delà de la sécurité physique, certaines réglementations européennes imposent des formations spécifiques. La directive NIS2 oblige les entreprises utilisant des outils informatiques à former leurs salariés à la cybersécurité : identification des risques, mesures de protection et bonnes pratiques. Le RGPD impose également une formation pour toute personne amenée à traiter des données personnelles, dirigeants inclus.
Enfin, les entreprises de plus de 11 salariés dotées d'un CSE doivent financer la formation SSCT de leurs élus (5 jours pour un premier mandat). Les entreprises de plus de 50 salariés ajoutent la formation économique des titulaires, financée par le budget de fonctionnement du comité. Pour approfondir ce sujet, consultez notre fiche sur la commission formation.
Quel est le rôle de l'entretien de parcours professionnel dans l'obligation de formation ?
L'entretien professionnel est le pivot de l'obligation de formation. La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 l'a profondément transformé en le renommant entretien de parcours professionnel et en modifiant son calendrier.
Le nouveau bilan récapitulatif à 8 ans vérifie que le salarié a bénéficié d'au moins une action de formation non obligatoire, d'éléments de certification et d'une progression salariale ou professionnelle. La réforme de l'entretien professionnel entre en application pour les accords collectifs existants à compter du 1er octobre 2026. Pour aller plus loin, consultez notre guide sur l'entretien professionnel et le bilan professionnel.
Note : la trame d'entretien de parcours professionnel proposée par Zola est à jour selon la collaboration avec le cabinet Orso (interprétation novembre 2025). Elle est susceptible d'évoluer selon les décrets d'application à venir.
Comment évaluer les besoins en formation dans l'entreprise ?
L'évaluation des besoins en formation est le point de départ de toute démarche de conformité. Sans diagnostic préalable, les actions de formation risquent d'être inadaptées ou insuffisantes.
Le premier outil est l'entretien de parcours professionnel lui-même. Les échanges avec le salarié permettent d'identifier ses souhaits d'évolution, ses lacunes perçues et les compétences à renforcer pour son poste actuel ou un futur projet. Chaque entretien doit déboucher sur des actions concrètes documentées, pas sur un simple formulaire archivé.
Le bilan de compétences constitue un levier complémentaire. Financé via le CPF, il permet au salarié d'analyser ses compétences professionnelles et personnelles pour définir un projet d'évolution. L'employeur peut l'encourager sans l'imposer.
À l'échelle collective, la cartographie des compétences offre une vision globale des forces et des lacunes de l'organisation. En croisant cette cartographie avec les objectifs stratégiques de l'entreprise, le responsable RH identifie les priorités de formation par service ou par métier. Les entreprises engagées dans une démarche GPEC/GEPP disposent d'un cadre structuré pour cette analyse. Une fois les besoins identifiés, ils alimentent directement le plan de développement des compétences qui organise l'ensemble des actions de formation prévues sur l'année.
Quelles sont les obligations financières liées à la formation ?
Tout employeur doit participer au financement de la formation professionnelle via la CUFPA (Contribution Unique à la Formation Professionnelle et à l'Alternance), collectée par l'URSSAF et redistribuée par France Compétences. Le taux dépend de l'effectif :
- Moins de 11 salariés : 0,55 % de la masse salariale brute
- 11 salariés et plus : 1 % de la masse salariale brute
Au-delà de cette contribution, l'employeur doit rémunérer les heures de formation obligatoire comme du temps de travail effectif. Les frais pédagogiques, de déplacement et d'hébergement sont également à sa charge pour les formations imposées par la réglementation. Pour mieux comprendre le mécanisme de la CUFPA, consultez notre fiche sur la contribution à la formation professionnelle.
Quels financements mobiliser pour la formation en entreprise ?
Au-delà de la contribution obligatoire (CUFPA), plusieurs leviers de financement permettent aux entreprises de former leurs salariés sans supporter l'intégralité des coûts.
Les OPCO représentent le levier le plus accessible pour les PME. Chaque entreprise cotise à un OPCO de branche qui peut financer tout ou partie des actions inscrites au plan de développement des compétences. Les critères de prise en charge varient selon la branche et la taille de l'entreprise.
L'abondement employeur sur le CPF permet de compléter les droits d'un salarié lorsque le montant disponible ne suffit pas à couvrir une formation identifiée comme prioritaire. Ce dispositif est volontaire et constitue un signal fort d'engagement de l'employeur envers le développement de ses équipes. Pour approfondir, consultez notre article sur le budget formation en entreprise.
Quels droits les salariés peuvent-ils exercer en matière de formation ?
Les salariés disposent de plusieurs dispositifs pour se former, indépendamment des actions décidées par l'employeur.
Le CPF (Compte Personnel de Formation) permet à chaque salarié de cumuler 500 € par an (800 € pour les moins qualifiés), plafonné à 5 000 ou 8 000 €. Depuis le 1er janvier 2026, un reste à charge de 103,20 € est obligatoire pour le salarié sauf exonération. L'employeur ne peut pas imposer au salarié d'utiliser son CPF mais peut le compléter par un abondement volontaire.
Le projet de transition professionnelle (PTP) permet à un salarié justifiant de 2 ans d'activité (dont 1 an dans l'entreprise) de suivre une formation certifiante pour changer de métier, avec maintien partiel ou total de salaire.
La période de reconversion, créée par le décret n° 2026-39 du 28 janvier 2026, remplace les dispositifs Pro-A et Transitions collectives depuis le 1er février 2026. Elle permet au salarié de conclure un CDD de 6 à 12 mois dans une autre entreprise pour expérimenter un nouveau métier, tout en suspendant son contrat initial.
La VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) reste accessible à tout salarié justifiant d'au moins un an d'expérience. Elle permet d'obtenir une certification professionnelle sans suivre un parcours de formation classique.
Quelles sanctions en cas de manquement à l'obligation de formation ?
Les sanctions se sont durcies ces dernières années, tant sur le plan législatif que jurisprudentiel.
Le risque ne se limite pas aux grandes entreprises. La Cour d'appel de Paris a précisé en 2025 que le défaut d'accès à la formation constitue un manquement contractuel sanctionnable, indépendamment de la taille de la structure. Pour en savoir plus sur les conséquences du non-respect de cette obligation, consultez notre fiche sur les sanctions liées au maintien de l'employabilité.
Comment mettre en place et structurer la formation dans l'entreprise ?
La mise en conformité repose sur un processus en quatre étapes.
Élaborer le plan de développement des compétences. Ce document recense toutes les actions de formation prévues : formations obligatoires (sécurité, habilitations, réglementaire) et formations de développement. Il doit être soumis au CSE chaque année dans les entreprises de 50 salariés et plus. Pour les PME sans CSE, le plan reste un outil de pilotage indispensable même s'il n'est pas légalement requis. Notre fiche sur la formation en entreprise détaille les étapes de construction.
Choisir les modalités de formation adaptées. Selon les besoins identifiés, l'entreprise peut organiser des formations en interne (expertise métier, onboarding) ou faire appel à des organismes externes certifiés Qualiopi. Le blended learning, qui combine e-learning et présentiel, s'impose comme le format dominant en 2026. Pour les PME qui souhaitent lancer une dynamique sans budget conséquent, consultez notre guide pour créer une dynamique formation en PME/startup.
Centraliser le pilotage avec des outils adaptés. Un logiciel TMS permet de gérer les demandes, d'arbitrer le budget et de suivre les renouvellements d'habilitations. Un outil LMS complète le dispositif en permettant de créer et diffuser des formations internes accessibles à tout moment.
Documenter chaque action. La traçabilité est le premier réflexe de protection juridique. Conservez les comptes-rendus d'entretiens professionnels, les attestations de formation et les demandes des salariés. En cas de contrôle de l'inspection du travail ou de contentieux prud'homal, ce sont ces preuves qui feront la différence.








%201.png)