Le télétravail dans le Code du travail : définition, obligations et droits en 2026

Sabrine Azougli
Mis à jour le
22/3/2026
Jérôme Vobmann
Mis à jour le
22
/
03
/
2026

En 2026, environ 33 % des salariés travaillent à distance au moins un jour par semaine. Le modèle hybride de 2 à 3 jours de télétravail s'est imposé comme la norme dans les entreprises tertiaires. Pourtant le cadre juridique du travail à distance reste mal connu de nombreux employeurs et salariés.

Les articles L.1222-9 à L.1222-11 du Code du travail fixent les règles du jeu. Ils encadrent la définition légale du télétravail, les modalités de mise en place, les obligations de l'employeur et les droits du salarié. Cet article vous donne les clés pour comprendre la réglementation en vigueur, les barèmes d'indemnisation actualisés et les bonnes pratiques pour sécuriser votre organisation du télétravail en entreprise.

Zola, logiciel gpec, vous accompagne dans la gestion de vos entretiens et le suivi des compétences de vos collaborateurs, y compris en télétravail.

Quelle est la définition du télétravail dans le Code du travail ?

Le télétravail est défini par l'article L.1222-9 du Code du travail. Il désigne toute forme d'organisation du travail dans laquelle un salarié exécute ses missions en dehors des locaux de l'employeur de façon volontaire et régulière en utilisant les technologies de l'information et de la communication.

Cette définition, issue de la loi du 22 mars 2012 et modernisée par les ordonnances Macron de 2017, reste la référence juridique en 2026. Deux Accords Nationaux Interprofessionnels (ANI) complètent ce cadre :

  • L'ANI du 19 juillet 2005 s'applique au télétravail régulier. Il impose l'égalité de traitement et la prise en charge des frais professionnels.
  • L'ANI du 26 novembre 2020 élargit le champ au télétravail occasionnel. Il impose un écrit pour formaliser les conditions.

Le salarié en télétravail reste un employé à part entière. Il choisit librement son environnement de travail (domicile, tiers-lieu ou espace de coworking). Le télétravail repose sur un principe fondamental : le double volontariat. Ni l'employeur ni le salarié ne peuvent l'imposer unilatéralement, sauf circonstances exceptionnelles comme une pandémie ou un cas de force majeure (article L.1222-11).

Comment mettre en place le télétravail selon le Code du travail ?

La mise en place du télétravail repose sur trois dispositifs possibles, par ordre de priorité juridique.

L'accord collectif est-il obligatoire ?

L'accord collectif constitue le cadre le plus solide. Il fixe les règles négociées entre l'employeur et les représentants des salariés : nombre de jours télétravaillés, postes éligibles, prise en charge des frais et conditions de réversibilité. Pour les entreprises de plus de 50 salariés, la négociation d'un accord sur le télétravail tend à devenir une pratique incontournable du dialogue social. Pour en savoir plus sur le choix entre ces deux dispositifs, consultez notre fiche sur le télétravail accord ou charte.

Que contient une charte de télétravail ?

En l'absence d'accord collectif, l'employeur peut rédiger une charte de télétravail CSE après consultation du comité social et économique. Que vous optiez pour un accord ou une charte de télétravail en modèle, le document doit obligatoirement préciser :

  • Les conditions de passage en télétravail et de retour en présentiel
  • Les modalités d'acceptation par le salarié
  • Les modalités de contrôle du temps de travail et de régulation de la charge
  • Les plages horaires durant lesquelles l'employeur peut contacter le salarié
  • Les modalités d'accès des travailleurs handicapés, des salariées enceintes et des aidants d'un enfant ou d'un parent

Le simple accord entre employeur et salarié suffit-il ?

Oui. Le télétravail peut être mis en place par un accord individuel formalisé par tout moyen : un mail ou un courrier suffit. Le télétravail ponctuel (grève, intempéries, contraintes personnelles) reste possible sans avenant formel.

Il est important de bien mesurer les avantages et les inconvénients du télétravail avant de déployer ce mode d'organisation à grande échelle.

Quels sont les droits et obligations du salarié en télétravail ?

Les télétravailleurs bénéficient des mêmes droits que les salariés en présentiel. Ce principe d'égalité de traitement est inscrit dans le Code du travail et confirmé par les deux ANI.

Quels droits le salarié conserve-t-il à distance ?

Le salarié en télétravail conserve l'intégralité de ses droits individuels et collectifs. Cela concerne l'accès à la formation professionnelle, la couverture sécurité sociale et accident du travail, les avantages sociaux (tickets-restaurant, activités du CSE) et les dispositions relatives à la rémunération, aux heures supplémentaires et aux congés.

Le salarié bénéficie également du droit à la déconnexion prévu par l'article L.2242-17 du Code du travail. L'employeur ne peut pas exiger de disponibilité en dehors des plages horaires définies dans l'accord ou la charte. Depuis 2017, les entreprises de plus de 50 salariés doivent négocier ce droit dans le cadre de la qualité de vie au travail.

Un point important : le refus du télétravail par un salarié ne constitue pas un motif de rupture du contrat de travail (article L.1222-9, alinéa 3).

Quelles sont les obligations du salarié en télétravail ?

Le télétravailleur reste soumis aux mêmes obligations contractuelles. Il doit respecter les horaires de travail convenus et les plages de disponibilité, les durées maximales de travail quotidiennes et hebdomadaires et le temps de repos. Il est responsable des équipements fournis par l'entreprise et doit les utiliser exclusivement dans le cadre de son activité professionnelle. En matière de cybersécurité, le salarié doit aussi respecter les protocoles définis par l'employeur (VPN, authentification, protection des données RGPD).

Quelles sont les obligations de l'employeur en télétravail ?

Au-delà de ses obligations générales, l'employeur supporte des responsabilités spécifiques liées au travail à distance.

Quelles obligations spécifiques le Code du travail impose-t-il ?

L'article L.1222-10 du Code du travail impose à l'employeur trois obligations principales. Il doit organiser un entretien annuel de télétravail individuel portant sur les conditions d'activité et la charge de travail du collaborateur. Il doit informer les télétravailleurs de toute restriction à l'usage d'équipements ou d'outils informatiques et des sanctions en cas de non-respect. Il doit proposer en priorité un poste en présentiel lorsqu'un emploi correspondant aux compétences et qualifications du salarié se libère dans les locaux.

Comment l'employeur doit-il prendre en charge les frais de télétravail en 2026 ?

Le télétravail génère des frais supplémentaires pour le salarié : électricité, internet, mobilier et matériel informatique. L'employeur est tenu de les rembourser. Deux options s'offrent à lui : le remboursement au réel sur justificatifs ou le versement d'une allocation forfaitaire.

En 2026, les plafonds d'exonération fixés par l'URSSAF sont les suivants :

Sans accord collectif : 2,70 € par jour de télétravail (maximum 59,40 € par mois) ou 11 € par mois pour un jour de télétravail hebdomadaire.

Avec accord collectif : 3,30 € par jour de télétravail (maximum 72,60 € par mois) ou 13,20 € par mois pour un jour hebdomadaire.

Ces montants sont exonérés de cotisations sociales et de CSG/CRDS sans justificatif. En cas de dépassement, l'exonération reste possible si l'employeur fournit les justificatifs lors d'un contrôle URSSAF.

Source : URSSAF, barèmes mis à jour au 1er janvier 2026 ; Service-Public.fr, 7 janvier 2026 ; Arrêté du 4 septembre 2025 relatif aux frais professionnels.

Quelle est la responsabilité de l'employeur en matière de santé et sécurité ?

L'employeur conserve son obligation de sécurité (article L.4121-1 du Code du travail) même lorsque le salarié travaille depuis son domicile. Il doit intégrer les risques liés au télétravail dans le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Cela couvre les risques physiques (ergonomie du poste, éclairage) et les risques psychosociaux comme l'isolement, la surcharge de travail ou l'hyperconnectivité.

Un accident survenu pendant les heures de télétravail et dans le lieu habituel de travail bénéficie d'une présomption d'imputabilité en tant qu'accident du travail. L'employeur dispose de 48 heures pour déclarer l'accident à la CPAM.

La jurisprudence récente renforce ces obligations. La Cour d'appel de Toulouse (26 avril 2024) a ainsi condamné un employeur pour absence de suivi des conditions de travail d'un salarié en télétravail. La Cour de cassation (13 novembre 2025) a confirmé qu'un employeur ne peut pas refuser le télétravail prescrit par le médecin du travail au seul motif qu'il ne peut contrôler le domicile du salarié.

Sources : CA Toulouse, 26 avril 2024, n° 22/03695 ; Cass. soc. 13 novembre 2025.

L'employeur peut-il refuser ou imposer le télétravail ?

Le télétravail repose sur le consentement mutuel. L'employeur peut refuser une demande de télétravail à condition de motiver sa décision. Les motifs légitimes incluent l'incompatibilité du poste avec le travail à distance ou des contraintes liées à l'organisation du service.

À l'inverse, l'employeur ne peut pas imposer le télétravail de façon unilatérale. L'imposer sans accord du salarié constitue une modification du contrat de travail. Le salarié peut alors refuser sans risquer de sanction.

Seule exception : en cas de circonstances exceptionnelles (menace d'épidémie, cas de force majeure), l'article L.1222-11 autorise l'employeur à recourir au télétravail sans l'accord préalable du salarié. Ce dispositif vise à garantir la continuité de l'activité et la protection des salariés.

Quel est le rôle du droit à la déconnexion en télétravail ?

La porosité entre vie professionnelle et vie personnelle est l'un des principaux risques du travail à distance. Le droit à la déconnexion, inscrit dans la loi El Khomri de 2016 et codifié à l'article L.2242-17, impose à l'employeur de définir les plages horaires durant lesquelles le salarié est joignable.

En pratique, cela signifie ne pas envoyer de mails tard le soir, ne pas exiger de disponibilité permanente et mettre en place des outils de régulation (désactivation automatique des notifications, créneaux de réunion encadrés). Le non-respect de cette obligation expose l'employeur à des dommages-intérêts devant les prud'hommes.

Le télétravail s'est installé durablement dans le paysage professionnel français. Son cadre juridique, construit autour des articles L.1222-9 à L.1222-11 du Code du travail et des ANI de 2005 et 2020, offre un équilibre entre flexibilité pour l'entreprise et protection du salarié. Pour les employeurs, la clé réside dans la formalisation : accord collectif ou charte claire, politique de prise en charge des frais conforme aux barèmes URSSAF et suivi régulier de la charge de travail. Pour les salariés, il s'agit de connaître leurs droits (égalité de traitement, déconnexion, remboursement des frais) tout en respectant leurs obligations contractuelles.

🟣 Structurez le suivi de vos collaborateurs en télétravail

Avec le module Entretiens de Zola, centralisez vos entretiens annuels, professionnels et spécifiques au télétravail sur une seule plateforme. Templates adaptés, suivi en temps réel, historique complet : gardez le lien avec vos équipes, où qu'elles travaillent.

👉 Découvrir notre logiciel d'entretien annuel

FAQ

Le télétravail est-il un droit pour le salarié ?

Non. Le télétravail n'est pas un droit automatique. Il repose sur un accord volontaire entre l'employeur et le salarié. L'employeur peut refuser une demande à condition de motiver son refus.

Un avenant au contrat de travail est-il obligatoire pour le télétravail ?

Non. La jurisprudence considère le télétravail comme une simple modalité d'exécution du contrat. Un accord collectif, une charte ou un simple échange écrit (mail) suffit à le formaliser.

L'employeur doit-il fournir le matériel de télétravail ?

Oui. L'employeur doit fournir les équipements nécessaires (ordinateur, logiciels, connexion) ou rembourser les frais engagés par le salarié. En 2026, l'allocation forfaitaire exonérée est de 2,70 € par jour sans accord collectif et 3,30 € avec accord collectif.

Un accident en télétravail est-il reconnu comme accident du travail ?

Oui. Un accident survenu pendant les heures de télétravail et au lieu habituel d'exercice est présumé être un accident du travail. L'employeur a 48 heures pour le déclarer à la CPAM.

L'employeur peut-il surveiller l'activité d'un salarié en télétravail ?

Oui, dans des limites strictes. Le contrôle doit être proportionné et respecter la vie privée du salarié. L'employeur doit informer le salarié de tout dispositif de surveillance. La CNIL sanctionne les pratiques intrusives (captures d'écran permanentes, géolocalisation non justifiée).

Sources utilisées :

  • Code du travail, articles L.1222-9 à L.1222-11, L.1222-10, L.2242-17, L.4121-1
  • ANI du 19 juillet 2005 relatif au télétravail
  • ANI du 26 novembre 2020 relatif au télétravail
  • URSSAF, barèmes des frais professionnels 2026 (urssaf.fr)
  • Service-Public.fr, « Remboursement des frais de télétravail : quel barème en 2026 ? », 7 janvier 2026
  • Arrêté du 4 septembre 2025 relatif aux frais professionnels
  • CA Toulouse, 26 avril 2024, n° 22/03695 (suivi des conditions de télétravail)
  • Cass. soc. 13 novembre 2025 (télétravail prescrit par le médecin du travail)
  • Loi El Khomri du 8 août 2016 (droit à la déconnexion)

D'autres articles sur le télétravail

En voir plus
Ebook gratuit : Améliorer la QVT en 2026 !